Ils s'étaient rassemblés depuis quelques heures déjà.
D'abord un
puis deux
puis une foule de matous orphelins de la "dame aux chats", comme on la nommait désormais dans la petite ville, en se signant au coin d'une ruelle et en clouant des ragondins aux portes des
granges -bien qu'il ne reste plus guère de grange dans ce coin là, les gens restaient très superstitieux: rien de tel qu'un ragondin ou les c¤¤¤¤s d'un cycliste pour faire fuir goules,
sangsues ou autres belles mères.-
Ils avaient atteint le portail du dénommé Rigano Frédéric, matricule de sécurité sociale 234b6789K12, pompier de son état, et semblaient attendre quelque chose. Quelque chose qui, au vu de
l'humidité de leurs félines babines, n'était certainement pas du Sheba.
Le dénommé Rigano, pour sa part, n'ayant aucune conscience de la présence moustachue autour de son pavillon quatre pièces " salon-chambre-cuisine-salle de bains-toilettes-pour un gosse on verra
plus tard",vaquait à sa principale occupation de la soirée, qui consistait peu ou prou à remplir de vieilles bourres de canapé un objet de latex lubrifié, vendu sur les marchés -afin d'arrondir
les fins de mois, il est vrai écornées par l'interdiction faite aux pompiers de cultiver la fleur bleue de leur jardin, ce dont Rigano, pas poète pour deux sous ne se plaignait pas, vu que la
poésie, c'"est pour les tapettes"- sous le nom un peu pompeux de "santons de provence".
Mais revenons à nos moustaches; Pendant que Rigano se sentait
Maladroit
Traditionnel
et
Un peu con
Les félins envahissaient peu à peu le jardin, bousculant nains de jardin d'un goût douteux et autres bibelots ayant vocation à embellir les quelques mètres carrés de béton faisant lieu de jardin
chez les Rigano.
Ils semblaient attendre. Et ils attendaient vraiment, malgré tout ce que l'on peut penser du prétendu égoïsme des chats.
Ils attendaient ce camarade un peu pelé -selon des critères félins, ce qui fait que pour un oeil d'humain, n'importe lequel d'entre eux eut pu convenir pour remplir le rôle de l'attendu tant
souhaité.- qui leur était apparu quelques semaines auparavant, manifestant une magnificence dans la pelade que seul un élu -aux yeux des félins- pouvait manifester.
Le camarade en question se faisait attendre, ce qui n'allait pas sans provoquer moult feulements et autres réminiscences léonines chez les greffiers présents.
Pour s'occupper, car lorsque l'on patiente, il faut bien trouver quelque chose à faire, sudoku ou autre macramé, les chats initièrent une pyramide humaine, qui tourna court au vu de leur
nature facétieuse lorsqu'un des leurs décida de poursuivre un ver luisant qu'il croyait avoir entr'aperçu au bout du jardin Rigano.
Dès lors la pyramide
s'écroula
croula
la
Mais Rigano, s'il avait observé ce spectacle, avait fait mine de ne pas le voir, car un pompier distingué en vaut deux, selon certains, et un soldat du feu doté de manières aristocratiques
n'aurait certainement pas prêté attention à quelques ersatz de tigre divagants.
Alors que la nuit se faisait plus obscure et les feulements plus rauques, il apparut, entre deux nains, entre deux heures, en bon camarade tardif qu'il était.